On t'explique tout sur la polémique autour des APL en France, et pourquoi cela pourrait péter à la gueule de Macron

Emmanuel Macron, le président jupitérien, redescend sur Terre. La fin d'un état de grâce qui se remarque déjà au niveau des sondages. Outre son côté autoritaire, certains Français lui reprochent de mener jusqu'à présent une politique pour les riches. Sa récente réforme de l'aide personnalisée au logement en fait partie. Elle va faire perdre 5 euros par mois pour les quelque 800.000 étudiants qui en bénéficient. De quoi manifester à la rentrée?

Tu l'as sans doute lu ou vu quelque part: ça grogne à nouveau chez nos amis français. Les premières réformes d'Emmanuel Macorn et d'Édouard Philippe ont du mal à passer. Une réforme en particulier cristallise les tensions: celle des APL, ou Aides personnalisées au logement.

En France, pas moins de 800.000 étudiants en bénéficient. Emmanuel Macron a décidé de dégoter dans ces APL de quoi financer sa politique: il va les diminuer de 5 euros par mois dès le 1er octobre prochain.

Depuis, le débat fait rage sur la toile: entre ceux qui disent "ce n'est que 5 euros, les jeunes sont dans la force de l'âge pour travailler" (et ainsi payer leur logement) et ceux pour qui "5 euros c'est 5 euros, regarde tout ce que nous pouvons faire avec ces 5 euros".

20 milliards

Tout d'abord, il faut savoir que les APL ont coûté à l'État français quelque 20 milliards d'euros en 2016. En soustrayant 5 euros par mois, le gouvernement français peut ainsi espérer faire une économie de 32,5 millions tous les trente jours. Ce n'est pas rien. Certains accusent aussi les APL de faire augmenter les loyers. Un constat depuis confirmé par l'Insee et la Cour des comptes. D'aucuns pensent également que les règles d'attribution ont mal vieilli. C'est pour ces trois raisons que le gouvernement tient tant à réformer les APL. Quitte à se mettre les étudiants à dos.

Les organisations étudiantes sont d'ailleurs les premières à avoir tiré la sonnette d'alarme. Le premier syndicat, la Fage, a immédiatement demandé que le gouvernement revienne sur cette "mesure injuste", d'ouvrir une vraie réforme des aides sociales étudiantes et de lancer "sans délai" le plan de 80.000 logements annoncé dans le programme du président. La présidente de l'Uned, un autre syndicat, a pour sa part rappelé que "cette aide était vitale pour avoir simplement les moyens de poursuivre ses études".

"Arrêtez de pleurer"

Les divergences de points de vue sur la réforme ont été marquées par deux interventions ô combien représentatives. D'un côté, on a la députée LREM qui a demandé aux jeunes "d'arrêter de pleurer". Chroniqueuse dans l'émission Les Grandes Gueules sur RMC, Claire O Petit n'a pas volé son titre: "Si à 18, 19, 20, 24 ans, vous commencez à pleurer parce qu'on vous enlève cinq euros, qu'est-ce que vous allez faire de votre vie?".

La députée affirme par ailleurs qu'il s'agit d'un progrès d'égalité, puisque tout le monde sera logé à la même enseigne, riche ou pauvre. "Monsieur Macron a été élu pour changer. À chaque fois que nous voulons toucher à une corporation, cette corporation dit ‘non, c'est pour l'autre et c'est pas pour moi'. Donc eh bien non. Cinq euros, c'est pour tout le monde".

Réponse parfaite

Sauf que certains accusent le président Macron de favoriser les riches en ce début de quinquennat. Et pas des moindres: Benoît Hamon n'a pas hésité à tacler la réforme des APL alors qu'il y a une réduction de l'ISF, l'impôt de solidarité sur la fortune.

Et pour en revenir à cette brave députée LREM, quoi de mieux que la réponse apportée par une jeune active qui a montré ce que représentent 5 euros de courses pour un étudiant. Dans la même veine, c'est Jean-Luc Mélenchon qui a amené un panier à 5 euros à l'Assemblée nationale.

Le jeu dangereux d'Emmanuel Macron

Au-delà de la polémique, Emmanuel serait-il en train de jouer avec le feu. Après un début sans faute, le président français a connu un premier couac avec son équipe gouvernementale (bien géré). S'en est suivie la crise avec les militaires et la démission du chef d'état major de Villiers (beaucoup moins bien géré). Dans le même temps, c'est son style qui a été critiqué. Si certains doutaient qu'il ait la carrure d'un président, les mêmes demandent maintenant qu'il redescende sur Terre.

La cote de popularité du président a donc (inexorablement) baissé, voire chuté. Et se mettre les étudiants à dos dans ces conditions peut s'avérer être un mauvais calcul. En tout cas si tôt dans la législature. Le style d'un président se marque dès le début d'un quinquennat (Hollande peut confirmer), Français et Françaises vont rapidement se faire une opinion sur la personne d'Emmanuel Macron et sur son programme. Et bien souvent, il est impossible de revenir en arrière.

Et puis qui dit étudiants dit possibles manifestations à la rentrée. La dernière fois que les étudiants se sont mobilisés en masse, c'était lors de la Loi Travail. François Hollande et son ministre de l'Économie de l'époque, un certain Emmanuel Macron, s'en souviennent encore...

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