L’arrestation d’un militant sans-papier afghan fait polémique

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Le porte-parole du collectif des Afghans est détenu au centre fermé de Vottem depuis une semaine. Les associations dénoncent une arrestation politique, nouvelle étape dans la répression du mouvement pour les droits des migrants. «Une procédure qui n’a rien d’anormal», rétorque l’Office des étrangers.

Mercredi 2 mars. Hamed Karimi, réfugié afghan présent en Belgique depuis 12 ans, est interpellé par la police à la sortie du domicile communautaire qu’il occupe à Etterbeek. Interné au centre fermé de Vottem, il risque actuellement l’expulsion. Rien d’inhabituel a priori, la menace lancinante d’un placement en détention constituant la morne réalité des candidats malheureux à l’asile. Sauf que cette arrestation ne semble rien devoir au hasard.

Voici en effet plus d’un an que M. Karimi est le porte-parole du collectif des Afghans. Ceux-ci avaient défrayé la chronique en 2013-2014, lorsqu’ils avaient battu le pavé bruxellois – mais aussi flamand et wallon – pour réclamer un moratoire sur les expulsions vers leur pays en guerre. Une mobilisation qui avait donné bien du fil à retorde à Maggie De Block (Open VLD), alors en charge des questions d’asile et d’immigration. Depuis, M. Karimi était devenu une figure importante du mouvement pour le droit des personnes migrantes, s’exprimant régulièrement lors de manifestations et jouant à l’occasion le rôle d’intermédiaire avec les autorités.

Les moyens déployés pour procéder à son interpellation, officiellement un simple contrôle à domicile, posent question. «7 à 9 policiers, certains équipés de mitraillettes, m’attendaient à la sortie de chez moi», raconte l’intéressé depuis son lieu de détention. Impliqué dans le monde associatif et sans ennuis judiciaires, M. Karimi occupait son logement avec une quinzaine d’autres demandeurs d’asile afghans, en bonne intelligence avec les pouvoirs communaux, propriétaires des lieux.

Associations et syndicats sous le choc

Pour la mouvance active dans le soutien aux sans-papiers, il ne fait donc aucun doute que cette arrestation vise à priver ces derniers d’une de leurs voix. Les militants qui avaient l’habitude de côtoyer M. Karimi y décèlent un nouveau coup de boutoir asséné à ce mouvement social. « Le secrétaire d’État à l’Asile et aux Migrations Théo Francken (N-VA) tente coûte que coûte d’empêcher les sans-papiers de porter la question du droit des personnes migrantes sur la scène publique », estime Nicha Mbuli, du Mouvement contre le racisme, l’antisémitisme et la xénophobie (MRAX).

L’émotion est également palpable du côté de la coordination des sans-papiers, un regroupement d’association de migrants dont fait partie le collectif des Afghans. «Cette arrestation nous met tous mal à l’aise», confie Doudou, issu d’un collectif né dans la foulée de la campagne de régularisation controversée de 2009. «S’ils sont capables d’aller à l’entrée des occupations pour arrêter le porte-parole des Afghans, ils sont capables de le faire partout». De fait, le placement en centre fermé d’Hamed Karimi a précédé de peu celui d’Aliou Diallo, un autre militant en vue de la coordination.

Soutiens historiques des migrants en lutte pour leurs droits, les syndicats socialistes et chrétiens ont, eux aussi, fait part de leur indignation. Pour la CSC et la FGTB, cette arrestation intervient dans un contexte d’attaque en règle du gouvernement fédéral contre les mouvements sociaux. «Quand on arrête un porte-parole des sans-papiers, quand on criminalise un délégué syndical, quand on barricade le droit de grève, c’est pour faire taire la contestation sociale dans son ensemble. Et c’est le signe que la démocratie vacille» affirment les deux organisations dans un communiqué commun rendu public ce vendredi.

Manifestation en face de l'Office des étrangers

L’Office des étrangers, pour sa part, estime que cette arrestation n’a «rien d’anormal, la police étant tenue d’appréhender toute personne manifestement en situation irrégulière». Une explication guère susceptible de convaincre les soutiens de M. Karimi, pour qui le caractère politique de cette interpellation ne fait aucun doute. Ceux-ci comptent bien le faire savoir lors de la manifestation prévue le lundi 14 mars à 13 heures devant l’Office des étranger. Ils espèrent à cette occasion pouvoir s’entretenir avec son directeur général, Freddy Roosemont, qui refuse, pour l'heure, de s'impliquer personnellement sur ce dossier.