DéFI a mis fin au suspense: Olivier Maingain veut prendre la main et négocier d'abord avec Ecolo

Depuis le début de la crise politique, initiée par le cdH le 19 juin dernier, la position de DéFI semblait floue. Le parti boudait les réunions communes des autres partis et semblait se la jouer cavalier seul. Son président, Olivier Maingain, est venu clarifier les choses hier soir sur le plateau du JT de la RTBF. Mais cela ne risque pas de solutionner la crise.

Voilà maintenant près d'un mois que le cdH de Benoît Lutgen a décidé de "débrancher la prise" des gouvernements wallon, bruxellois et de la Fédération Wallonie-Bruxelles, pour ne plus gouverner avec le PS suite aux nombreux scandales (Samusocial, Publifin, ISPPC, etc.). Depuis, c'est la crise politique au sud du pays. Mais tous les regards étaient tournés vers DéFI, qui, depuis le début, se la joue cavalier seul et fuie les réunions communes.

Son président, Olivier Maingain, était l'invité du JT de la RTBF hier soir et a mis fin au suspense. Il a d'abord réexprimé sa volonté de réforme profonde avant toute négociation de nouvelles majorités: "Ma réponse est invariablement la même, on va d'abord nettoyer les écuries". Pour cela, il a fait un énorme appel du pied à Ecolo, avec qui il est sur la même longueur d'onde depuis le début: "Voilà pourquoi je prendrai l'initiative dans les prochaines heures de consulter Ecolo afin d'établir avec eux un cahier des charges sur une réforme profonde de la gouvernance".

"Choquant"

À l'égard du cdH, Olivier Maingain a encore durci le ton. "Le comportement [ndlr: du cdH] à notre égard a été plusieurs fois léger. Le cdH ne sait pas très bien où il va. Nous allons réformer la gouvernance publique en mettant hors-jeu ceux qui sont responsables, mais nous sommes équidistants des trois partis qui sont à l'origine des scandales", a-t-il affirmé. Tout en déplorant le "manque de volonté" de la part du MR et du cdH d'entreprendre des réformes sur la gouvernance.

Au passage, il a glissé un tacle à Céline Fremault (cdH): "je ne vais pas passer mon temps à polémiquer avec le cdH. Tout le monde a compris que la position de Madame Fremault (cdH) est un prétexte." Des propos que la ministre bruxelloise du Logement a trouvé "choquants", en réagissant dans la foulée à Belga. Pour rappel, Céline Fremault avait appelé, samedi matin dans L'Écho, à la constitution d'une majorité sans le PS à Bruxelles, considérant que le dossier du Samusocial dépassait le cadre de la ville. Mais son appel était surtout lancé à son partenaire de majorité, DéFI. Sauf que ce dernier ne l'entend visiblement pas de cette oreille.

"Ce sont ceux qui voudront mettre de l'ordre qui auront la main"

Ce qui importe donc d'abord pour Olivier Maingain est de réformer en profondeur la gouvernance, indépendamment des luttes qui se jouent entre le PS, le cdH et le MR. "Les deux camps devront se positionner par rapport à nous. Ce sont ceux qui voudront mettre de l'ordre qui auront la main", a-t-il ainsi lancé, voulant renverser la main des négociations en sa faveur. Et le parti "qui a le plus cette volonté de bonne gouvernance" est, selon lui, Ecolo. Il espère donc d'abord "arriver à un certain résultat" avec les verts.

Il reste qu'à Bruxelles, le parti amarrante est crucial. Compte tenu de ses 12 sièges au parlement, aucune majorité ne peut se constituer sans sa présence. Mais contrairement au cdH, DéFI n'exclue donc pas de continuer à gérer les affaires à Bruxelles aux côtés du PS, et ne veut pas jouer "les déserteurs". "Nous ne serons pas, nous, les déserteurs des institutions bruxelloises, nous ne commettrons pas un acte de lâcheté et d'irresponsabilité", a-t-il affirmé en tapant à nouveau clairement sur le cdH.

"Quand on sait ce qui se prépare avec la N-VA"

Enfin, il a témoigné son inquiétude par rapport à la possible montée de la N-VA dans la future majorité bruxelloise. "Quand on sait ce qui se prépare avec la N-VA qui cherche à déstabiliser la majorité néerlandophone à Bruxelles", a-t-il ainsi glissé. Si le PS quitte le gouvernement bruxellois, le sp.a a laissé entendre, selon L'Écho, qu'il se retirerait également. Sans les socialistes flamands, la seule option possible de coalition serait de faire monter le Vlaams Belang ou la N-VA. Une occasion en or pour les nationalistes flamands.

La position de DéFI est donc désormais plus claire: trouver d'abord un accord avec Ecolo, contraindre ensuite les autres partis à s'aligner. Nul doute que ça risque de compliquer encore les choses, puisque les protagonistes sont loin d'être sur la même longueur d'onde sur l'urgence des réformes à entreprendre. L'échéance du 21 juillet inscrite au calendrier paraît compliquée à rencontrer...

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