Bonne nouvelle pour les animaux, moins pour les scientifiques: la Wallonie pourrait interdire l'expérimentation animale

Un projet de code du bien-être animal inquiète au plus haut point la communauté scientifique. Elle vise particulièrement un passage qui soutiendrait que la Wallonie veut mettre fin à l'expérimentation animale. Or, les scientifiques ne peuvent pour l'instant pas s'en passer pour leurs recherches. Des responsables de l'université de Liège ont décidé de tirer la sonnette d'alarme.

"Vague", "immature", "qui met en danger la santé humaine": le projet de code wallon du bien-être animal passe mal auprès de la communauté scientifique. Il était censé arrivé en première lecture ce jeudi devant le gouvernement wallon. Ce ne sera finalement pas le cas, note Le Soir.

Des responsables de l'université de Liège, dont deux vice-recteurs, ont averti leur collègues des conséquences d'un tel code. Universités, centres de recherche, tous ont reçu une lettre pour essayer de mobiliser les troupes contre le projet du ministre Carlo Di Antonio (cdH).

Les scientifiques trouve le code "extrêmement vague à l’heure actuelle. Il faudrait des dizaines/centaines de pages d’arrêtés complémentaires". Le chapitre qui les inquiète le plus concerne l'expérimentation animale: ils ont peur de voir cette pratique disparaître alors qu'ils la jugent toujours indispensable.

Précipité

Les scientifiques ne sont pas contraire à des méthodes de substitution, mais ils ne sont pas encore prêts: "On espère tous pouvoir abandonner l’expérimentation animale et passer à des modèles sur ordinateurs", explique ainsi au Soir Pierre Drion, secrétaire de la commission d'éthique de l'université de Liège. Mais ce qui pose problème, c'est au niveau du timing: "Cela doit se faire au bon moment. Nous avons l’impression qu’on veut précipiter les choses pour des raisons philosophiques."

Pour l'heure, les chercheurs avancent que l'expérimentation animale est toujours indispensable, notamment pour la recherche préclinique des médicaments. Il y a des domaines où on ne peut pas faire sans comme pour le développement des cancers ou d'autres maladies immunitaires.

L'antispécisme

Du côté du ministre, on calme le jeu. Le document serait "en cours d'affinage" et il ferait l'objet de "concertations". Mais au delà du projet, la communauté scientifique fustige la philosophie qu'il y a derrière. En passant le projet de code dans un logiciel anti-plagiat, les opposants ont repéré les écrits d'un certain Peter Singer. Or, ce philosophe australien est l'un des promoteurs de l'antispécisme. C'est un mouvement qui est né dans les années 70 et qui vise à placer les animaux, quels qu'ils soient, au même rang que les être humains. C'est à dire de les traiter comme tout le monde, avec autant de droits.

Autre point d’inquiétude, la communauté scientifique a peur que la Région wallonne ne veuille avoir trop le contrôle de la situation. C'est le cas avec la volonté du ministre de remplacer les 40 commissions d'éthique locales par une seule structure régionale, ce qui fera perdre du temps dans la validation des projets scientifiques, affirment les chercheurs. Deuxième point de discorde: la Région tenterait d'agréer "une association regroupant des experts pour des missions officielles". Ici, ce sont les associations de défense des animaux qui font peur et qui pourraient en profiter pour accéder aux documents confidentiels des labos.

Tests de routine

Aujourd'hui en Wallonie, plus d'un animal sur deux de laboratoire est utilisé dans le cadre de la recherche fondamentale, note encore Le Soir. Il s'agit surtout de la recherche sur les systèmes immunitaires, nerveux et sur les cancers. Ils sont aussi testés pour la recherche appliquée comme les maladies infectieuses ou les maladies cancéreuses et nerveuses. Le reste est utilisé au stade de la production pour des tests de routines (51%). Les animaux exploités sont principalement des souris, des cobayes, des lapins et même des poissons (le poisson zèbre principalement).

Le débat est donc posé. La santé humaine et son amélioration doit-elle primer sur le sort de certains animaux? C'est toute la question. Dans le futur, on pourra imaginer que les alternatives deviennent la règle, mais aujourd'hui, la communauté scientifique ne semble pas prête. Il faut toutefois préciser que dans plus de 90% des cas, les expériences menées avaient un degré de gravité qualifié de "léger". Il faut comprendre ici que les tests n'étaient pas fatals.

Le souci ici, comme dans tout débat philosophique, c'est que les "pour" et les "contre" risquent de s'affronter longtemps, les arguments des scientifiques étant tout aussi valables que ceux des protecteurs des animaux...

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