Le cdH a lancé une grosse bombe: il ne veut plus gouverner avec le PS et demande de nouvelles coalitions gouvernementales

Le cdH vient de créer la surprise ce lundi après-midi. Le parti de Benoît Lutgen ne veut plus gouverner avec le Parti socialiste "au vu des derniers scandales". Il appelle donc les autres partis, Ecolo, le MR et DéFI, à former de nouvelles majorités alternatives sans le PS. S'il ne devrait pas y avoir d'élections anticipées, des heures de négociations entre les ministres sont à prévoir.

"La rupture est nécessaire, elle doit être immédiate (...) Je lance un grand appel à Ecolo, au MR et à DéFI pour mettre en place de nouvelles majorités positives". Benoît Lutgen a pris la parole ce lundi vers 13h30 et a fait une annonce explosive lors du bureau politique du cdH. Le président des Humanistes a scellé l'avenir de son parti: le cdH ne veut plus être dans les gouvernements wallon, bruxellois et de la Fédération Wallonie-Bruxelles avec le PS.

"Il est temps au vu des derniers scandales", a-t-il justifié sa décision. Au nom de tout son parti, il s'est dit "dégoûté" des dernières affaires qui ont éclaboussé la politique et le Parti socialiste particulièrement. "La politique doit servir et non pas le politique se servir", a-t-il jugé bon de rappeler.

"Chaque scandale handicape l'action d'un gouvernement"

Sur un ton grave, Lutgen a ajouté que "la cupidité de certains a dépassé tout entendement" et que "leur conscience sociale a été emportée par l'appât du gain". C'est plus qu'un problème, puisque "la soif d'argent de certains élus freine la transformation de notre Région" et "chaque scandale handicape l'action d'un gouvernement", a-t-il dénoncé.

S'il s'agit d'une énorme bombe, Lutgen reste positif. "Ce n'est pas un risque que je vous propose mais un grand espoir", a-t-il lancé. "Notre génération politique a le devoir de changer le cours des événements", a-t-il ajouté, tout en soulignant que "les francophones regorgent de talents et de valeurs fortes" et qu'il est nécessaire de "les mobiliser ensemble".

Et pour la suite?

Un gros changement est donc à prévoir. Puisqu'en Wallonie comme à Bruxelles, le cdH est dans la majorité gouvernementale avec le PS depuis 2004.

Mais vu les derniers événements - Ores, l'ISPPC de Charleroi, Publifin, le Samusocial, et compagnie - les Humanistes ont fini par perdre toute confiance en leurs partenaires de coalition socialistes.

Selon un élu humaniste, la décision de Benoît Lutgen ne daterait d'ailleurs pas d'hier et serait mûrement réfléchie. Bref, ce qui risquait d'arriver depuis plusieurs semaines, est finalement arrivé.

Il faut tout de même préciser que ces gouvernements ont été mis en place pour cinq ans et que de nouvelles élections régionales ne peuvent être tenues avant mai 2019. La question qui reste donc à élucider est: par qui le PS remplacera-t-il le cdH en Wallonie et à Bruxelles? Le MR? Ecolo? DéFI?

Le MR répond "favorablement", DéFI ne veut pas "rentrer dans ce genre de combine", le PS et Ecolo sont "surpris"

Si l'heure est toujours aux spéculations, les différents partis ont déjà réagi. Peu de temps après l'annonce publique de Benoît Lutgen, le président du MR a répondu par la positive. "Le MR prend acte de l’annonce faite par le président du cdH. Cette annonce confirme le constat posé par le MR. Le redressement des entités fédérées est vital. Le MR répondra donc favorablement à un appel au dialogue politique sur l’avenir des entités fédérées", peut-on ainsi lire dans un communiqué d'Olivier Chastel envoyé sur Twitter. Son texte précise également que "le bureau du MR se réunira dès ce soir afin d’examiner la situation politique."

Mais tous ne sont pas de cet avis. Du côté de DéFI, on est bien plus critique. "De la part de Benoît Lutgen, c’est une opération de tentative de sauvetage du cdH (...) Si ce parti avait voulu avancer réellement dans la gouvernance, il pouvait le faire ces dernières années, il est au pouvoir en Wallonie comme à Bruxelles. Pour le reste, en termes d’affaires et de bonne gouvernance, le PS et le MR sont à égalité dans les dérapages, ce sont ces deux partis qui gouvernent à Bruxelles-Ville, je le rappelle. Les trois partis traditionnels ont tous les trois de grosses responsabilités", a réagi le président du parti, Olivier Maingain, en marge d'une conférence de presse. Même son de cloche de la part de Didier Gosuin, le chef de file de DéFI au gouvernement bruxellois: "Le cdH a été un long compagnon de route du PS. Agir de la sorte, c'est une manière de se donner du poids. (...) Je ne rentre pas dans ce genre de combine", a-t-il lancé, annonçant d'emblée la couleur aux négociations qui doivent suivre.

Chez Ecolo, la co-présidente Zakia Khattabi s’est dite "surprise" par cette annonce, tout en ajoutant qu'elle réunira dès cette après-midi les instances d’Ecolo.

Au PS, Elio Di Rupo "a appris que le cdH se retirait en direct pendant le bureau de parti", selon un membre du parti contacté par La Libre. Et depuis, Di Rupo a convoqué une réunion de crise avec ses ministres qui siègent aux gouvernements wallon, bruxellois et de la Fédération Wallonie-Bruxelles, selon un journaliste de RTL. En déplacement à Montréal, le ministre-président bruxellois Rudi Vervoort (PS) s'est lui contenté de commenter: "c'est une drôle de façon de faire de la politique autrement". Et il a confié à La Libre qu'il prendrait un avion dès ce soir pour rentrer en Belgique.

Le Premier ministre, Charles Michel, a lui aussi réagi en postant sur son compte Twitter: "Nous sommes quatre formations et poursuivrons le travail à quatre. Le gouvernement belge continue les réformes #jobsjobsjobs #confiance."

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