Le cdH aussi est concerné: l'échevin communal Denis Grimberghs perçoit plus de 53.000 euros annuels pour son poste à Citydev

Après Ores, l'ISPPC de Charleroi, Publifin et, tout dernièrement, le Samusocial, c'est au tour de Citydev, la société en charge du développement urbanistique de la Région de Bruxelles-Capitale, d'être pointée du doigt. Le président de son conseil d'administration, Denis Grimberghs - qui est par ailleurs 3e échevin cdH à Schaerbeek - perçoit chaque année plus de 53.000 euros. Mais il assure être "minimum 3 jours par semaine" sur place.

53.147,10 euros bruts. C'est la coquette somme qu'a empochée en 2016 Denis Grimberghs pour son poste de président du conseil d'administration de Citydev, la Société de développement de la Région de Bruxelles-Capitale (aussi connue sous le nom de SDRB). Selon la déclaration en ligne des rémunérations de tous les membres du personnel de l'institution publique. Il est, par ailleurs, échevin cdH de la Mobilité, des Finances et du Logement à Schaerbeek et cumulait, aux dernières nouvelles de 2015, 18 mandats. Après le Samusocial, cette affaire sonne comme un nouveau Publifin.

En novembre 2016, un rapport très critique de la Cour des Comptes épinglait déjà "divers anomalies et irrégularités" dans la gestion interne de Citydev: l’engagement de contractuels sur base de candidatures spontanées sans passer par la publicité d’une offre d’emploi (avec le risque d'une inégalité de traitement des candidats); le niveau de rémunération des membres du personnel, qui ne correspond pas toujours à leur diplôme; des frais de déplacement remboursés deux fois; et l’octroi, souvent sans évaluation objective, de nombreuses primes dites "de direction" à des agents qui exercent une fonction d’encadrement.

Par le passé, le ministre de tutelle, Didier Gosuin (Défi), avait aussi exigé à Grimberghs de mettre fin à ces irrégularités. Mais très peu a visiblement été fait.

C'est quoi Citydev?

Avant d'exposer l'affaire plus en détail, commençons d'abord par présenter Citydev. Si ce nom ne te dit probablement rien, cette institution est pourtant plus vieille que la création de la Région de Bruxelles-Capitale. Créée en 1974, cet organisme pararégional est chargé du développement urbanistique de Bruxelles. Pour ce faire, il remplit trois grands rôles: - la création d'espaces pour favoriser l'implantation d'entreprises (et donc assurer l'expansion économique et de le développement de l'emploi de la région); - la construction et rénovation de logements pour les habitants à revenus moyens; - et l'amélioration de la cohabitation des logements et des entreprises au sein de chaque quartier en stimulant toutes sortes de projets mixtes.

Citydev compte en tout 20 actionnaires: les 19 communes bruxelloises + la Région de Bruxelles-Capitale (qui est son principal actionnaire). C'est donc encore une fois un organisme public administré par des élus communaux.

Bien au-delà du plafond de 12.000 euros voulu par la majorité bruxelloise

Mais revenons à nos moutons. Si l'on examine attentivement les fiches de paye, son salaire saute aux yeux, en comparaison de celui des autres membres de l'organisation. S'il ne reçoit, lui, aucun jeton de présence, il encaisse tout de même plus 1.260 euros "d'avantages en nature (voiture)". Sans compter le salaire qu'il touche pour son travail d'échevin communal. Le seul qui fait mieux que lui est son homologue néerlandophone, Julien Meganck. Ce dernier est l’administrateur délégué de Citydev depuis décembre 2004 et membre de l'Open Vld, mais il ne joue plus un rôle actif au sein de son parti. Ensemble, ils assurent donc le management politique de l'organisation.

De plus, ces sommes paraissent démesurées au regard des rémunérations octroyées dans les conseils d'administration d’autres institutions bruxelloises (tels que la Stib ou encore la Société bruxelloise de gestion de l'eau). Et elles dépassent largement le plafond sur lequel s’est accordé le gouvernement bruxellois: à partir de janvier 2019, les présidents de conseil d'administration dans les organismes pararégionaux ne pourront ainsi plus être rémunérés au-delà de 12.000 euros annuels bruts. Bref, on est bien loin des 53.147 euros qu'empochent Grimberghs et Meganck.

"J'estime que c'est bien payé"

Mais l'un comme l'autre trouve leur salaire raisonnable. "J'ai environ 18 réunions par semaine pour mon travail en tant que chef de direction. C'est un emploi à plein temps, et vous pouvez d'ailleurs me trouver tous les jours à Citydev", justifie ainsi Julien Meganck à newsmonkey. "C'est ma seule rémunération et je ne gagne rien de plus", assure-t-il encore.

C'est plus ou moins le même son de cloche du côté de Denis Grimberghs. "Ce n’est pas à moi à décider de ma rémunération, mais tout travail mérite salaire proportionné et j'estime que c'est bien payé", se défend-il à newsmonkey. "Je n’ai pas de problème à être moins payé, mais je ne pourrais alors pas assurer les mêmes responsabilités", ajoute-t-il. Il admet ainsi être "minimum 3 jours par semaine: le lundi, mardi et vendredi" à Citydev, pour remplir "un certain nombre de tâches quotidiennes, assister à des réunions importantes et prendre des engagements juridiques et économiques" qui nécessitent sa signature.

En outre, il nie totalement que la Cour des Comptes ait pu pointer du doigt son revenu. "Il y a eu un raccourci car ma rémunération comme mandataire n’est pas à critiquer pour son volume", assure-t-il. Pourtant, il affirme également "avoir procédé à des audits internes et externes" et avoir "pris acte du rapport de la Cour des Comptes" ainsi que "des recommandations du gouvernement bruxellois" à l'encontre de l'organisation interne de Citydev. Il précise "avoir établi un calendrier" et "être en train de travailler sur des modifications à apporter à l’organigramme". Et côté salaire, "un comité de rémunération" devrait être mis en place dans le courant de la rentrée. Son but sera de déterminer "s’il y a lieu ou non de s’écarter des barèmes publics".

"La ville de Bruxelles est ternie depuis des années"

La situation à Citydev ne surprend même plus Arnaud Verstraete, député bruxellois, membre de Groen et vice-président de la future commission d'enquête sur le Samusocial. "Je ne comprends pas comment c'est possible, mais les structures du pouvoir vieillottes entraînent inévitablement un manque de transparence. La ville de Bruxelles est ternie depuis des années, et pourtant c'est très simple: vous n'êtes jamais obligé d'accepter ces compensations financières", confie-t-il face à nos révélations.

Mais selon lui, Publifin, le Samusocial et compagnie auront eu le mérite de présenter un avantage: "Le tollé public que ces affaires ont créé est énorme, c'est donc une excellente opportunité pour en finir avec tout ça."

Déjà lu?