La solution proposée pour renflouer les caisses de l'État? Baisser le prix du tabac pour qu'on fume plus

Pour redorer le budget du gouvernement, le ministre des Finances Johan Van Overtveldt (N-VA) a remis sur la table la proposition de réviser à la baisse les accises sur le tabac. Si la hausse du prix des paquets de cigarette et du tabac à rouler a permis de diminuer la consommation, elle n'a pas amené les recettes escomptées dans les caisses de l'État.

"Si des accises élevées ont pour effet de faire diminuer une consommation excessive, je suis le premier à m'en féliciter. Mais si l'on constate que la consommation baisse, mais pas selon les prévisions, et que les recettes fiscales baissent encore plus, il faut alors oser en parler." Voilà comment le ministre des Finances Johan Van Overtveldt (N-VA) justifie, dans les colonnes du Soir, sa proposition de baisser les accises sur le tabac.

Il faut dire que les finances du gouvernement fédéral sont loin d'être au top. Il reste d'ailleurs 8 milliards d'euros à trouver pour rentrer dans les comptes avant le prochain conclave budgétaire. Du coup, Johan Van Overtveldt a décidé de relancer les discussions sur les accises, lors d'une réunion des ministres des Finances à Tel-Aviv en Israël. Selon lui, l'augmentation des accises sur le tabac lors des précédents accords budgétaires a entraîné une baisse trop rapide de la consommation, et donc des recettes moins importantes que prévues pour les caisses de l'État.

Perte de 53,46 millions d'euros

Le débat n'est pas neuf, en janvier déjà, le ministre des Finances discutait de baisser les accises sur le tabac. Leur hausse ayant rapporté 151 millions d'euros de moins que prévu en 2016, si l'on se base sur les chiffres du SPF Finances. Ainsi, des 199 millions d'euros supplémentaires attendus par le gouvernement, à peine 48 millions d'euros ont été obtenus.

Et pour les quatre premiers mois de 2017, les chiffres seraient encore pires: le cabinet du ministre table sur une perte de 53,46 millions d'euros (soit 7,93 % en moins que pour la même période en 2016). La vente des cigarettes ayant diminué de 10 % et celle du tabac de 25 %, précise Le Soir.

Choisir entre la santé et l'argent

Bien évidemment, sa proposition est loin de faire l'unanimité au sein de l'opposition comme du gouvernement. La ministre de la Santé, Maggie De Block (Open Vld) n'était déjà pas d'accord en janvier pour enclencher cette marche-arrière. Cela donnerait un très mauvais signal, d'autant plus que la Belgique a signé la convention-cadre de l'OMS qui prévoit de fixer des prix les plus dissuasifs possibles.

Luk Joossens, expert tabac auprès de la Fédération européenne des luttes contre le cancer, a aussi réagi très négativement dans les colonnes du Soir: "Nous avons vendu du cancer à tous nos voisins pendant des années, il serait cynique de diminuer notre prix pour les attirer à nouveau." Si les prix ont augmenté, ils restent tout de même plus attractifs en Belgique qu'ailleurs chez nos proches voisins européens, sauf au Luxembourg.

À rebours du ministre des Finances, la cheffe de groupe de la N-VA à la Chambre, Renate Hufkens, a déposé une résolution qui prévoit de diminuer l'usage de la cigarette électronique chez les jeunes: en taxant l'appareil et le liquide, en limitant la publicité autour et en interdisant les arômes dans les liquides qui contiennent de la nicotine. Bref, c'est la cacophonie au sein même de son parti.

Et puis, ce serait la première fois en cinquante ans que l'on baisse le prix d'un produit dont les conséquences néfastes sur la santé ne sont plus à prouver. C'est un peu comme si le ministre des Finances mettait le gouvernement face à un dilemme: privilégier la santé ou l'argent?

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