Que va-t-il réellement se passer avec Emmanuel Macron lors des cinq prochaines années?

Emmanuel Macron est président, c'est un fait. Pendant les cinq prochaines années, la France aura un jeune chef inexpérimenté. Ni à gauche, ni à droite, pro-européen mais aussi fortement pro-OTAN avec une approche tournée vers l'internationale. C'est un profil très surprenant pour un nouveau président qui devra, avec Angela Merkel, devenir le visage d'une Europe post-Brexit. 

Emmanuel Macron va bientôt recevoir un appel de François Hollande. Le socialiste, qui restera comme l'un des présidents le moins populaire de l'histoire, devra passer le flambeau à son ex-ministre de l'économie.

Macron s'est présenté devant ses fans au Louvre, où une énorme foule l'attendait pour fêter la victoire du nouveau président français.

Personne n'attendait Emmanuel Macron. Personne n'aurait parié sur sa victoire il y a un an. À 39 ans, il est le plus jeune dirigeant Européen, encore plus jeune que notre premier ministre Charles Michel (MR). Les télévisions françaises parlaient "du plus jeune chef de l'Etat français depuis Napoléon", on n'aurait pas dit mieux.

Dans toutes les capitales d'Europe, cette victoire est synonyme de soulagement car cette victoire a des implications majeures pour l'Union européenne. L'ombre de Le Pen, ainsi que celle de Geert Wilders aux Pays-Bas et de Frauke Petry en Allemagne planaient au dessus de l'UE: ces trois candidats d'extrême droite désiraient un affaiblissement de l'Europe, voir même d'une sortie de l'Union, comme les Britanniques. L'euro? Le Pen désirait l'affaiblir.

Après la défaite de Petry dans son propre parti, les résultats décevant de Wilders qui le placent hors-jeu aux Pays-Bas, voila que c'est Marine Le Pen qui mord la poussière. Son score est tout de même énorme: l'extrême droite a récolté presque 40% des voix.

Comment regarder l'Europe de Macron?

L'Europe d'Emmanuel Macron sera tout de même complètement différente. Il est un internationaliste: il est en faveur de l'UE, de l'ONU, du commerce internationale et de la coopération. Il veut poursuivre sur la voie de l'intégration européenne, une intégration plus poussée qui a pour but d'avoir un bloc européen fort sur la scène internationale.

Évidemment cette politique est très importante. Pendant plusieurs années, le couple franco-allemand a été le moteur de l'intégration européenne. Mais avec le faible François Hollande, c'est Angela Merkel qui a dû principalement mener la danse européenne. Avec Macron, elle obtient un partenaire français qui a la même vision qu'elle: toujours plus d'Europe.

Alors, Macron veut un propre budget et un ministre des Finances spécialement pour la zone euro. Il veut travailler activement pour l'UE, lui donner "une meilleure image" et lui "insuffler une nouvelle vie". Il veut une position forte de l'Europe dans les négociations du Brexit. Theresa May va sans doute gagner les élections législatives mais elle sera opposée à un adversaire ferme de l'autre côté de la Manche.

Finalement, Macron a déjà donné quelques détails sur sa famille politique européenne. Il a choisi son parti et ce sera l'ALDE, le groupe libéral du parlement européen. Malgré le fait que les chrétiens-démocrates ont essayé de récupérer le succès d'Emmanuel Macron, une chose est sûre: Macron sera un européen libéral.

Dur contre Poutine, dur contre Assad

L'Europe de l'Est, elle aussi, doit pousser un ouf de soulagement, mais cette fois-ci, cela concerne la Russie et Vladimir Poutine. En Pologne, dans les pays baltes mais aussi en Roumanie, la Russie de Poutine est très contestée. Les relations chaleureuses entre Le Pen et Poutine étaient un cauchemar pour les Européens de l'est. Macron ne veut pas du tout du rapprochement avec la Russie, au contraire il soutient fermement les sanctions et a déclaré: la Russie devra répondre de toutes les cyberattaques.

En ce qui concerne la Syrie, Macron maintient la ligne actuelle: le président Bachar al-Assad doit partir. Il a commis des crimes de guerre et devra comparaitre devant la Cour pénale internationale.

Pour le reste du monde, il veut plus d'aides aux pays en voie de développement et moins de base militaire dans les pays d'Afrique. Mais cela ne signifie pas que Macron est une poule mouillée en matière de défense, au contraire. Il veut augmenter le budget de l'armée française à 2% du PIB, une augmentation substantielle. Macron veut également que la France s'intègre parfaitement à l'OTAN, ce qui justifie de telles dépenses. Macron veut aussi organiser une Défense Européenne, un projet que les États-Unis et Donald Trump devront tenir à l'oeil.

Pas de "réformes" mais une "transformation"

Que va donner sa politique sur son pays, personne ne le sait. Il est un nouveau venu avec son mouvement En Marche! vieux de quelques mois. Maintenant, ce mouvement a marqué la politique française.

Macron a donc choisi ni la droite ni la gauche, il faudra voir si son parti aura la majorité au Parlement. Les élections législatives arriveront rapidement et détermineront la viabilité de la situation. Car oui, il devra sans doute travailler avec la droite ou la gauche, mais il surf sur l'enthousiasme de son mouvement pour obtenir la majorité au sein du Parlement français.

Ensuite, la France peut se préparer à un lot de nouveautés. Macron sera le candidat de la "transformation" française et non celui des "réformes" ordinaires. Il veut que le "népostime" et les "conflits d'intérêts" disparaissent du pays. Il veut une politique propre et le nombre de députés devrait, par exemple, être réduit de façon drastique et ils ne pourront plus travailler au noir pour les entreprises.

En ce qui concerne la sécurité intérieur, il laisse ouverte la question de savoir si la France maintiendra son état d'urgence mis en place il y a plus d'un an. Cette situation sera évaluée mais en tout cas, il veut une sécurité plus efficace que celle mise en place par François Hollande.

On ne peut pas dire qu'il est à gauche...

Beaucoup ont comparé ou lié Macron à Hollande. Le Pen a essayé de le lier à la politique du désormais ex-président. Mais est-il vraiment de gauche? Non, absolument pas.

Il veut faire énormément d'économies: lors des 5 prochaines années, 60 milliards devront être économisés. De plus, il veut complètement bouleverser le marché du travail français. Il reste lié aux syndicats et aux systèmes comme la semaine des 35 heures qu'il ne compte pas abolir. Mais il veut égaliser les pensions du secteur public au secteur privé.

Il est donc un mélange imprévisible de mesures de gauche et de droite avec une situation totalement détachée des partis actuellement présents au Parlement. Il est un président qui veut travailler avec tout le monde, surtout en Europe où on le verra beaucoup.

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