"Une mesure drastique": la communauté LGBT n'est pas d'accord sur la période d'exclusion pour les dons de sang des homosexuels

ENFIN, les homosexuels vont avoir le droit de donner leur sang en Belgique. Le projet de loi de la ministre de la Santé, Maggie De Block (Open Vld), a finalement reçu l'aval du gouvernement. Le hic, la longue période d'exclusion en cas de comportement à risque que prévoit le texte est loin de contenter la Rainbow House, qui regroupe diverses associations LGBT à Bruxelles.

Si tu souhaites donner ton sang, les règles actuelles sont très strictes: tu dois peser au moins 50 kilos, ne pas avoir voyagé récemment dans certains pays, ne pas être allé dernièrement chez le dentiste ou le gynécologue, ne pas avoir changé de partenaire sexuel ces tout derniers mois. Et surtout, si tu as un tatouage ou si tu es homosexuel, tu étais tout simplement interdit à vie de donner ton sang.

Mais c'est enfin fini, ou presque. Le gouvernement fédéral vient d'autoriser la ministre de la Santé, Maggie De Block (Open Vld), à concrétiser son projet de loi annoncé en mai dernier, qui modernise un peu les conditions pour pouvoir donner du sang. Concrètement, les hommes qui ont des rapports sexuels avec d’autres hommes pourront bientôt donner leur sang, mais "dans un cadre sécurisé".

Autrement dit, le texte prévoit une "exclusion" de 12 mois en cas de comportement du donneur ou de son partenaire sexuel qui entraînerait un risque de contracter une maladie: par exemple, avoir un rapport sexuel avec un autre homme, en échange d’argent, ou encore avec quelqu'un qui a consommé des drogues par voie intraveineuse ou intramusculaire. Mais tout repose sur les déclarations qu'ils rempliront dans les questionnaires de la Croix-Rouge. Et puis cette durée d'un an, n'est-elle pas un peu excessive?

"2 ou 3 mois"

C'est en tout cas l'avis de la communauté LGBT. Contacté par newsmonkey, Oliviero Aseglio, le porte-parole de la Rainbow House, qui regroupe diverses associations LGBTQI (lesbiennes, gayes, bisexuel(le)s, transgenres, queer et intersexes) à Bruxelles, se réjouit d'abord de cette nouvelle. "En vérité, le projet de loi n’est pas à fortiori homophobe, puisqu'il repose sur des questions de transmission de maladies sexuelles, et non pas d’idéologie", explique-t-il.

Mais il est franchement mitigé sur la nécessité d'une période d'exclusion si longue. "La période d’un an est excessive. C’est bien par rapport à la moyenne européenne [ndlr: en France, cette période est aussi d'un an], mais ça reste beaucoup trop", déplore Oliviero Aseglio. Pour lui, cette période pourrait être raccourcie, sans augmenter pour autant les risques de transmissions d'infections. "On sait scientifiquement qu’on peut ramener cela à une période de 2 ou 3 mois, puisque c’est le temps qu’il faut pour que le virus du sida soit visible dans le sang", justifie-t-il.

En effet, la plupart des tests actuellement disponibles permettent de détecter avec certitude la présence du VIH dans le corps 6 semaines après une prise de risque. Du coup, "c’est une mesure drastique, un entre-deux qui peut se justifier, mais qui énerve la communautés LGBT", conclue-t-il.

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