Gênant: la Belgique aurait voté oui pour intégrer l'Arabie saoudite à la commission des droits de la femme de l'ONU

Les femmes n'ont pas la vie facile en Arabie saoudite, c'est un euphémisme: là-bas, la charia est appliquée et elles doivent avoir un "tuteur" masculine. Ce qui n'a pas empêché le pays d'entrer à la commission des droits de la femme de l'ONU. Le plus gênant, c'est que la Belgique aurait soutenu l'Arabie saoudite...

"Élire l'Arabie saoudite à la protection des droits des femmes, c'est comme nommer un pyromane chef des pompiers": c'est la comparaison faite par Hiller Neuer, le directeur général d'UN Watch, une ONG de défense des droits de l'homme. Lui aussi a été très surpris de l'intégration de l'Arabie saoudite à la commission des droits de la femme de l'ONU, à compter de 2018. Une intégration que la Belgique aurait toutefois soutenue.

Pas le droit de conduire

Il faut dire qu'il s'agit ici de l'un des pays les plus misogynes au monde: là-bas, la charia est de mise, et les femmes bénéficient d'un tuteur masculin qui doit décider si elles peuvent étudier, travailler ou encore voyager à l'étranger. Elles ne peuvent pas conduire, la mixité n'est pas autorisée dans certains établissements et est interdite dans les transports en commun, et les femmes n'ont été autorisées qu'à voter il y a deux ans.

Autant de critères qui expliquent pourquoi l'Arabie saoudite n'est que 134e sur 145 du rapport mondial sur l'égalité des sexes publié par le Forum économique mondial en 2015. Et qui interrogent fortement sur la légitimité de sa place à la commission des droits de la femme de l'ONU, qui est "le principal organe intergouvernemental mondial dédié exclusivement à la promotion de l’égalité des sexes et de l'autonomisation des femmes".

Selon Reynders, "la Belgique ne se réjouit aucunement" mais...

Une intégration qui a notamment été permise grâce au vote de cinq pays européens membres de la commission. Dont la Belgique? C'est très probable si l'ont en croit les réponses apportées par Didier Reynders (MR). Le ministre des Affaires étrangères a été interrogé par les députés Wouter De Vriendt (Groen) et Els Van Hoof (CD&V) à ce sujet en commission des Affaires Étrangères de la Chambre, dont le compte-rendu est disponible en ligne. Et ses réponses jettent le trouble.

Il n'a d'abord pas voulu commenter le vote de la Belgique. "Le secret du vote n’a plus de sens si on doit expliquer après à ses amis et ennemis comment on a voté, et cela ne fait qu’apporter un élément de tension supplémentaire et inutile au sein de l’ONU", a répondu Reynders, dont les propos ont été relayés par Le Soir. Il a ajouté: "Je peux cependant vous dire ceci: la Belgique ne se réjouit aucunement de l’élection de l’Arabie saoudite au sein de cette commission mais doit bien constater qu’elle était la seule candidate de son groupe à cette place".

Non seulement il n'a aucunement nié un possible vote belge en faveur de l'Arabie saoudite, mais il a plus ou moins défendu son intégration: en clair, il y avait 13 places pour 13 pays candidats, donc il n'y avait pas trop le choix. Il est vrai toutefois que le timing vote, accéléré par les États-Unis, a pu surprendre, comme le ministre l'a souligné.

"Une honte"

Mais les explications maladroites de Reynders ont sidéré du côté de la Chambre. "Reynders a défendu le 'oui', ce qui revient à l'admettre", a souligné Els Van Hoof, pour qui le soutien de la Belgique à l'Arabie saoudite ne fait pas vraiment de doute. "C'est une honte" a commenté Yasmine Kherbache (Sp.a) dans les colonnes du Standaard. "Un vote positif de la Belgique est tout simplement choquant et un coup dans l'estomac de tout qui se bat pour les droits de la femme", a renchéri De Vriendt auprès de Belga, accusant Reynders de ne pas vouloir "provoquer l'Arabie Saoudite". Il a assuré que Groen allait demander des explications au Premier ministre Charles Michel.

Le Vice-Premier ministre Alexandre De Croo (Open VLD) a tenté, toujours dans le Standaard, de calmer le jeu et de voir quelque chose de positif dans cette intégration de l'Arabie saoudite: "Je préfère parler avec des gens qui ont une opinion différente que de laisser faire et être sur que rien n'ira mieux pour les femmes là-bas." Il a toutefois pris soin d'esquiver la polémique du vote belge... Un point de vue partagé par Helen Clark, ancienne directrice du Programme des Nations Unies pour le développement, qui veut voir une avancée importante pour le pays et les femmes là-bas, comme elle l'a expliqué sur Twitter: "Il est important de soutenir ceux qui, dans ce pays, s’efforcent de changer les choses pour les femmes. Les choses changent, mais lentement". Mais est-ce que les représentants belges ont pensé ça s'ils ont bien soutenu l'Arabie saoudite?

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