Bart De Wever veut confisquer l'argent des mendiants à Anvers: la Ligue des Droits de l'Homme s'insurge

La ville d'Anvers a décidé d'agir plus sévèrement contre la mendicité "agressive et racoleuse", selon les mots du bourgmestre Bart De Wever (N-VA). Désormais, le règlement de la police stipule que l'argent des mendiants peut être confisqué temporairement. Mais est-ce une mesure légale? Éthique? Pas pour la Ligue des Droits de l'Homme, et elle monte au créneau.

Depuis quelques jours, le bourgmestre d'Anvers, Bart De Wever (N-VA), a décidé de punir plus sévèrement la mendicité dans sa ville "pour lutter contre les cartels de criminalité qui se se cachent derrière", selon ses propos à la VRT.

Concrètement, la police sera bientôt en mesure de confisquer temporairement l'argent des mendiants, dès lors qu'elle les considère comme "agressifs". Si personne ne vient réclamer cet argent par la suite, il sera alors reversé à une bonne cause, comme les CPAS. À Ostende, il existe déjà un règlement un peu similaire, qui autorise la police à saisir l'argent, s'ils mendient dans des zones interdites.

Légal? Éthique?

Précisons, tout d'abord, que la mendicité n'est pas considérée comme un crime, selon la loi du 12 janvier 1993. Elle ne peut donc être poursuivie par les cours et tribunaux en tant que telle. De même, une commune ne peut l'interdire purement et simplement sur l’ensemble de son territoire. Elle peut seulement prendre certaines mesures, lorsqu’elle constate un trouble à l’ordre public.

Contactée par newsmonkey, Vanessa Degreef, la vice-présidente de la Ligue des Droits de l’Homme, y voit un "moyen disproportionné" de plus. De manière générale, elle enregistre "des dérives assez importantes par rapport à la mendicité", comme des amendes pénales voire des emprisonnements administratifs. La LDH a, en effet, déjà constaté d'autres sanctions abusives à Tournai et Charleroi, notamment.

Les politiques communales deviennent "de plus en plus imaginatives avec leurs règlements", selon elle. Mais le problème est qu'elles ont tendance à "mettre la responsabilité sur chaque mendiant en tant qu'individu, plutôt que s'attaquer aux véritables causes de la pauvreté". Du coup, l'effet d'une telle mesure est de "déplacer la population mendiante ailleurs", rien d'autre.

"Parler de mendiants agressifs, c'est déjà un acte de violence"

Ce n'est donc pas une mesure politique qui résoudra complètement le problème. De plus, la nouvelle mesure de Bart De Wever ne vise que les "mendiants agressifs et racoleurs". C'est-à-dire: "les gens qui se tiennent dans les carrefours, souvent accompagnés d’enfants à bras, ou les gens qui utilisent un handicap pour extorquer de l'argent", selon la propre définition du bourgmestre d'Anvers.

Or, pour Vanessa Degreef, "parler de mendiants agressifs, c’est déjà un acte de violence". Elle va même jusqu'à dire: "c’est surtout Bart De Wever qui est agressif quand il parle de mendiants agressifs".

Mais alors, est-ce que son règlement tiendra le coup? Pas si sûr. Vanessa Degreef avertit d'ailleurs: "la LDH attaque aujourd’hui plusieurs règlements devant le Conseil d’État, et quand les moyens du conseil communal sont disproportionnés dans la rédaction du règlement, on a quand même gagné plusieurs fois". Reste à voir comment le nord du pays réagira...

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