Penelope Fillon est enfin sortie du silence, mais cela va-t-il suffire à sauver la campagne présidentielle de son mari?

Pour la première fois depuis le début de l'enquête la concernant, Penelope Fillon s'est exprimée dans la presse. La femme de François Fillon se défend de toute illégalité et pousse son mari à continuer sa campagne présidentielle. Ça tombe bien, il a assuré à nouveau qu'il n'avait pas l'intention de renoncer.

Pénélope par-ci, Pénélope par-là. Son prénom était cité partout, mais Pénélope Fillon se cachait bien depuis le début du "Penelope Gate", qui a bien pourri la campagne de son mari. Elle a décidé de se confier pour la première fois, dans les colonnes du JDD. Un entretien de deux pages dans lequel la femme de François Fillon poursuit la ligne de défense de celui-ci: oui, elle a bien travaillé pour lui; non, elle n'avait pas un emploi fictif; oui, elle était payée à sa juste valeur.

"Il n'y a que lui qui peut être président"

Au moment de décrire ses tâches, elle explique: "Je traitais le courrier en lien avec la secrétaire. Je préparais pour mon mari des notes et des fiches sur les manifestations locales de la circonscription, afin qu'il puisse avec mes mémos faire ses allocutions. Je lui faisais aussi une sorte de revue de presse locale. Je le représentais à des manifestations. Je relisais ses discours". De quoi expliquer un salaire de plus de 3.000 euros mensuels durant près de quinze ans.

Elle aurait remis aux enquêteurs des documents pour justifier cet emploi d'attachée parlementaire. Elle a également justifié son emploi au sein de La Revue des deux Mondes, pour lequel elle a gagné 5.000 euros brut entre mai 2012 et décembre 2013: "J'ai réalisé des notes et des fiches de lecture. (...) J'ai remis dix notes aux enquêteurs et la preuve du travail d'analyse de ses ouvrages", assure-t-elle. Dans cet entretien, Pénélope Fillon pousse son mari à continuer sa campagne présidentielle. "Je lui ai dit qu’il fallait continuer jusqu’au bout. (...) Il n'y a que lui qui peut être président." Un soutien public toujours bienvenu, mais cela va-t-il sauver le candidat Fillon?

Emplois fictifs ou non?

Le JDD publie dans la foulée de 19 PV d'auditions dans cette affaire. De quoi ravir François Fillon, qui a régulièrement taclé les médias et les fuites judiciaires... Le discours de Penelope aux enquêteurs est le même que celui sorti dans la presse. Son mari se défend aussi d'avoir commis quelque chose d'illégal.

Les enquêteurs vont par contre devoir démêler le vrai du faux concernant son emploi à la Revue des deux Mondes: les versions du propriétaire de la revue et de l'ex-directeur diffèrent toujours. Pour ce dernier, l'emploi de Penelope Fillon était "fictif".

Même chose concernant son rôle d'attachée parlementaire. Pour une de ces anciennes collègues, Penelope Fillon remplissait bien ce rôle, mais une autre assure lors de son audition: "Je sais, bien sûr, qui elle est, mais je ne l'ai jamais côtoyée, hormis la voir dans des meetings, et je pense qu'elle ignore totalement qui je suis". Bim. Bref, l'affaire est loin d'être terminée.

Fillon contre vents et marées

Malgré tout ce bazar, François Fillon a décidé de maintenir sa candidature. Il l'a assuré lors d'une conférence de presse mercredi. Et il l'a de nouveau fait ce dimanche, lors d'un meeting sur la place du Trocadéro à Paris.

Des dizaines de milliers de militants, venus de toute la France, ont bravé le temps pourri pour venir secouer des drapeaux tricolores et encourager leur candidat. "Fillon président, "Fillon, tiens bon, la France a besoin de toi!", "On va y arriver" ont été parmi les slogans scandés par la foule durant le discours de Fillon, qui aura duré un peu moins de trente minutes et s'est conclu par une Marseillaise.

Le contenu du discours? Rien de nouveau. Des tacles adressés à François Hollande, le président en place, à Emmanuel Macron, qui a profité des déboires de Fillon pour se glisser à la deuxième place dans les sondages derrière Marine Le Pen. Des "excuses", aussi, pour "devoir défendre mon honneur et celui de mon épouse alors que l’essentiel c’est de défendre mon pays". Le candidat des Républicains en a profité pour tacler tous ceux qui ont décidé de l'abandonner dans son combat présidentiel aussi, en dénonçant, sans citer de noms, "la fuite en canard, d’un camp vers un autre, d’un hiérarque vers un autre, vers la circonscription, le portefeuille, la désertion assumée, sans honte et aussi sans orgueil".

Un peu plus tôt dans la journée, Valérie Pécresse, Christian Estrosi et Xavier Bertrand, trois ténors des Républicains, ont annoncé qu'ils étaient aussi d'avis à écarter Fillon de la campagne présidentielle. Eux aussi étaient donc visés par ce tacle. Mais désolé pour eux, chez les Fillon, renoncer à cette campagne présidentielle ne semble toujours pas être d'actualité.

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