Pour contrôler les populistes, le Parlement européen envisage de "censurer les speechs racistes"

L'Europe est en crise jusque dans le Parlement européen. De nombreux discours eurosceptiques y sont tenus. Mais bientôt, le président du Parlement pourra décider de couper le micro quand il jugera que les propos, diffusés en direct, sont racistes ou haineux. Une forme de "censure" selon certains parlementaires.

C'est sans précédent: le président du Parlement européen pourra débrancher le micro d'un interlocuteur en cas de discours racistes, haineux ou encore diffamatoire. Il pourra aussi faire retirer tous les contenus vidéos et audios qui tiennent les mêmes propos. Le souci, c'est qu'il est difficile de différencier précisément un discours haineux d'un discours qui ne l'est pas. Si certains parlementaires craignent des manipulations, d'autres n'hésitent pas à parler de censure.

Mais devant la popularité croissante de certains élus populistes de type Marine Le Pen ou Geert Wilders au Pays-Bas ainsi que de leur parti, beaucoup veulent agir contre les discours intolérants en appliquant des sanctions sévères pour ceux qui les ont tenus. Les prochaines élections européennes, c'est en 2019, et beaucoup de parlementaires veulent aussi lutter contre l'Europe-bashing qui accompagne souvent ce genre de propos.

"Il y a un nombre de cas croissant dans lesquels des politiciens vont au delà de la discussion parlementaire et d'un débat" a déclaré à Associated Press Richard Corbett, un parlementaire britannique qui chaperonne cette nouvelle mesure, alors que son pays s'apprête à sortir de l'UE.

9.000 euros d'amende

Les populistes profitent des audiences parlementaires qui sont généralement diffusées en direct pour tenir des propos très durs. On en a eu une récente preuve avec ce député polonais insultant les femmes. L'article 165 du règlement intérieur compte donc y remédier en infligeant des amendes allant jusqu'à 9.000 euros en cas de "langage ou d'un comportement diffamatoire, raciste ou xénophobe".

Mais cette mesure pose question: d'abord, elle n'a pas été rendue publique mais a été rapportée par le journal espagnol La Vangardia, qui indiquait que les contenus offensants pourront "être supprimés des enregistrements audiovisuels des débats". Du coup, personne ne sera au courant que de tels propos ont été tenus, à part s'il y a des journalistes dans la pièce.

"A l'heure des fake news et des manipulations qui menacent la crédibilité des médias et des politiciens", cela pose problème à Tom Weingaertner, président de l'Association internationale de la presse basée à Bruxelles, qui n'a d'ailleurs jamais été mise au courant de ce nouveau règlement.

Censure

Du côté des eurosceptiques, on crie bien sûr à la censure. En décembre dernier, Gerolf Annemans (Vlaams Belang) a exprimé son inquiétude concernant ce règlement qui pourrait être manipulé par "ceux qui ont des réactions hystériques contre des propos qu'ils qualifient rapidement de racistes et xénophobes, alors que les gens expriment simplement leur point de vue".

Même du côté des défenseurs de cette mesure, on sait qu'il s'agit d'un sujet sensible. Helmut Scholz, député européen membre de la Gauche unitaire, a déclaré qu'il ne fallait pas "limiter ou retirer" le droit des parlementaires à exprimer leurs points de vue.

Il s'inquiète dans le même temps des fake news et des manipulations. "Si vous suivez tout le débat, d'accord, mais si certains médias ne sélectionnent que des bouts de phrases, vous pouvez tout manipuler.

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