"Nous n'avions plus connu autant de haine et de peur dans le monde depuis les années 1930", et la Belgique n'est pas au top

Amnesty International a rendu son rapport 2016-2017 sur la situation des droits humains dans le monde. Les nouvelles ne sont pas bonnes du tout, y compris en Belgique. Selon l'organisation, les politiques adoptent des discours "dangereux" qui "divisent" et "déshumanisent". Nous avons franchi une limite et atteint des niveaux de haine et de peur jamais inégalés depuis les années 1930.

Une culture du "Nous contre Eux" s'est bien installée et développée en 2016, dénonce Amnesty International dans son tout dernier rapport sur la situation des droits humains dans le monde. "2016 a été l'année où la haine et la peur ont atteint des niveaux jamais égalés depuis les années 1930", avertit Amnesty. Cette époque correspond à la montée au pouvoir d'Adolf Hitler et l'instauration de régimes fascistes en Italie et au Japon, entre autres. Ce fût également l'apogée du régime stalinien en Russie.

L'organisation de défense des droits de l'homme est particulièrement inquiète de la montée au pouvoir de Donald Trump aux États-Unis, Viktor Orbán en Hongrie, Narendra Modi en Inde Modi, Recep Tayyip Erdoğan en Turquie et Rodrigo Duterte aux Philippines. "De plus en plus de politiciens se présentent comme contre l'ordre établi. Ils appliquent une politique de diabolisation, désignant des boucs émissaires et ralliant des groupes derrière eux afin de gagner les élections", explique Amnesty.

L'effet Trump et les limites franchies

La campagne de Trump est un bon exemple du danger qui se passe actuellement dans le monde. Selon Amnesty, ses discours électoraux étaient toxiques et représentatifs de la tendance mondiale à la haine, la colère et de la division et le repli identitaire. Bien évidemment, l'organisation dénonce également ses politiques actuelles, telles que son très controversé "Muslim Ban".

Pour Amnesty, le monde tout entier a franchi les limites de ce qui est normalement acceptable dans toutes une série de domaines. "Les politiciens utilisent toutes sortes de rhétoriques haineuses et justifient, de cette façon, la misogynie, l'homophobie et le racisme." Et qui sont les premières victimes? Les réfugiés, bien évidemment. Et si cette tendance continue, d'autres groupes minoritaires pourraient être pris en grippe en 2017, craint-elle.

La Belgique, mauvais élève

Amnesty International pointe la Belgique dans son rapport, et particulièrement la situation post attentats. "Les autorités ont adopté un nouvel arsenal de lois et politiques après les attentats commis à Bruxelles en mars [qui sont] préoccupantes sur le plan des droits humains", estime-t-elle. Pour l’organisation, ces mesures post attentats ont été prises dans l’urgence dans le but de rassurer l’opinion publique. Mais elles ont un effet sur le long terme et leur impact a été "trop peu évalué". Amnesty craint également qu'elles induisent un lien entre les attentats et l’immigration.

En tout, le rapport met en avant cinq points problématiques en Belgique:

1. Les mesures prises en matière de lutte contre le terrorisme et de sécurité, telles que la prolongation de la détention préventive, ou encore la conservation des métadonnées des conversations téléphoniques pendant douze mois.

2. Les conditions de détention déplorables dans les prisons: la surpopulation, l'état de délabrement des infrastructures et des équipements et le manque d’accès aux services de base, comme aux soins de santé. De plus, la grève du personnel pénitentiaire au printemps dernier a encore détérioré les conditions carcérales.

3. La discrimination à l’égard des personnes de confession musulmane, surtout dans le domaine de l’emploi.

4. Le commerce des armes. Amnesty dénonce: "L’Arabie saoudite reste le premier client de la Wallonie, alors qu’elle ne respecte aucun droit humain chez elle et qu’elle commet des crimes de guerre au Yémen." Elle appelle donc les autorités à se renseigner avant sur l’usage futur des armes qu’elles vendent.

5. Les violences faites aux femmes et aux filles. Sur ce point, Amnesty juge qu' "il reste beaucoup de travail", en précisant que "70 % des actes de violence domestique signalés n’ont pas donné lieu à des poursuites pénales" en 2016.

"Effet domino"

Le rapport d'Amnesty International, qui a son siège à Londres, a été présenté à Paris. Et ce n'est pas une coïncidence. L'organisation a choisi cette ville pour attirer l'attention également sur l'état d'urgence proclamé par la France à la suite des attentats de Paris en novembre 2015. Amnesty remarque que de plus en plus de pays profitent de ce contexte pour modifier les lois existantes sur les droits de l'homme et craint un effet domino futur.

Elle déplore: "L'absence de volonté politique en matière de droits humains ne fait que s'exacerber. Le monde est confronté à une longue liste de crises, sans que l'on constate une réelle volonté politique de les résoudre".

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