Vive la vie privée: la Chine exige le suivi GPS dans les voitures et se permet donc de suivre n'importe qui n'importe quand

La Chine a commencé à déployer un plan digne de Big Brother. Depuis cette semaine, toutes les voitures, et autres véhicules, de la vaste région du Xinjiang sont obligées d'installer un dispositif de suivi GPS fabriqué en Chine. Ainsi, le gouvernement peut se permettre de surveiller et de suivre n'importe qui à n'importe quel moment. Et ceux qui refusent de le faire ne peuvent plus faire leur plein d'essence aux pompes.

Cette mesure drastique d'imposer le suivi GPS dans les voitures fait partie du plan de lutte contre le terrorisme du gouvernement chinois et est désormais d'application dans le Xinjiang. C'est l'une des cinq régions autonomes de la République populaire de Chine. Située au nord-ouest du pays, elle représente un sixième du territoire et est trente fois plus grande que la Belgique. 25 millions de personnes y vivent et sont donc touchées par cette décision.

Les habitants d'origine étaient des Ouïghours, un peuple turc qui appartient culturellement et linguistiquement à l'Asie centrale. Aujourd'hui, la population est à peu près également répartie entre une faible majorité Ouïghours et des colons chinois (des Hans) qui s'y sont installés dans les années '50. Mais le gouvernement chinois poursuit une politique de "sinisation", dans laquelle l'emploi même du mot "Ouïghour" est découragée. Il encourage aussi la migration des Chinois dans cette région, de manière à ce que les Ouïghours s'intègrent à la culture et à l'économie chinoise. Du coup, les Ouïghours et les communautés chinoises vivent là-bas séparés les uns des autres, et en tension constante.

Il y a souvent des actes de violence qui éclatent dans la région, et même des attaques terroristes. Selon le peuple chinois, celles-ci sont l'oeuvre des extrémistes islamistes et des séparatistes. Mais selon les observateurs indépendants, il s'agit plutôt de frictions ethniques entre Chinois et Ouïghours.

Ces dernières semaines d'ailleurs, il y a eu deux attaques dans la région qui ont tué une douzaine de personnes. Ces actes sont donc une bonne excuse pour justifier le nouveau plan du gouvernement. Celui-ci affirme que l'obligation d'installer un dispositif de suivi GPS est prévue "pour assurer la sécurité et promouvoir la stabilité et l'harmonie sociale".

Pas très efficace mais "intelligente"

Cette mesure est évidemment vivement critiquée. Beaucoup la voient surtout comme un moyen de répression des Ouïghours et craignent que la Chine l'étendent pour lutter contre toutes les voix dissidentes dans le pays. Les experts en terrorisme sont, eux, divisés. D'une part, ils ne pensent pas que ce soit une mesure très efficace dans la prévention des attaques. D'autre part, ils trouvent tout de même l'idée intelligente. Il est vrai que c'est beaucoup moins cher que d'installer des caméras de surveillance partout, par exemple.

"Il existe une menace sérieuse de terrorisme international. Les voitures et autres véhicules sont utilisés comme moyens de transport par les terroristes, mais aussi comme armes mortelles", se justifie le gouvernement chinois. "Il est donc nécessaire de garder un œil constant sur tous les véhicules."

Tous les propriétaires de voitures, mais aussi de camions et même de bulldozers, ont désormais jusqu'au 30 juin pour installer le système chinois de navigation et de positionnement par satellite appelé "Beidou". Et pour ceux qui ne le feront pas, il n'y aura plus de carburant dans les stations-services.

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