Le Pen - Fillon, même combat? L'étau se resserre autour de la présidente du FN concernant des emplois fictifs

Marine Le Pen est engluée dans une affaire de fraude avec ses assistants parlementaires. Le Parlement Européen lui réclame la somme de 339.000 euros à la suite d'un rapport de l'Office européen de la lutte antifraude (Olaf). Ce rapport a été publié par Marianne et Mediapart ce vendredi et il est accablant: la présidente du FN aurait recruté une assistante parlementaire fictive et un garde du corps pour un montant "extrêmement élevé".

La campagne présidentielle française n'a pas encore livré toutes ses surprises. Après François Fillon, c'est maintenant Marine Le Pen qui est au centre de l'attention judiciaire et médiatique.

Le rapport de l'Olaf, qui fait 28 pages, ne peut être plus clair: "le recrutement de Marine Le Pen" au Parlement européen depuis 2009 contient des irrégularités. D'abord concernant son garde du corps personnel, Thierry Légier. Le "contrat de travail à durée déterminée signé par Mme Le Pen ne correspond pas à la réalité", note le rapport.

Un garde du corps payé 7.237€ par mois

En cause deux CDD signés en 2009 et puis en 2011, qui ont rapporté au garde du corps la somme de 7.237 euros net par mois. Le tout pour un travail à trois quart temps. Soit "9.649 € net à temps plein", un montant "extrêmement élevé", relèvent les enquêteurs. Le deuxième CDD "constituerait un faux", selon l'Olaf, vu que le garde du corps ne travaillait plus pour la présidente du FN en 2011. "Une régularisation", selon la présidente du FN, avec l'accord de l'administration du Parlement européen

Ensuite, il y a Catherine Griset, la cheffe de cabinet de la présidente du FN. Sa principale fonction était de d'assister Marine Le Pen au Parlement européen dans la limite du budget accordé pour chaque parlementaire.

"Très faible présence"

Le souci ici, c'est que Catherine Griset n'a jamais été vue ou presque au sein des institutions européennes. Le rapport pointe cette "très faible présence" entre 2010 et 2016, assurant qu'elle n'a pas eu "d'activité réelle d'assistant accrédité sur son lieu d'affectation". Les relevés de son badge avaient déjà laissé un sérieux indice, Catherine Griset n'aurait passé que trois heures sur six années au Parlement. Pas d'avantage de traces concernant un éventuel logement à Bruxelles, pas de contrat de bail, pas de facture d'eau ou d’électricité, rien.

Marine Le Pen qui assure ce matin sur France Bleu n'avoir "jamais reconnu quoique ce soit devant les enquêteurs" - qu'elle n'a d'ailleurs "jamais vu" - ne compte pas se laisser faire. Elle crie à la politisation de l'Olaf qui est pourtant un organisme indépendant qui enquête autant sur les institutions que sur le budget de l'UE.

Le "gouvernement des juges"

Le parallèle avec l'affaire qui a touchée François Fillon est dans toutes les têtes. Ok, il ne s'agit pas ici de membres de la famille Le Pen mais de personnes très proches du clan FN (Thierry Griset était déjà le garde du corps de Jean-Marie Le Pen). Il est d'ailleurs intéressant de voir comment le discours de la candidate à la présidentielle a changé concernant François Fillon. D'une condamnation ferme, elle nous met maintenant en garde contre tout "gouvernement des juges", qui pourrait décider qui est candidat et qui ne l'est pas (en mettant par exemple un des concurrents un examen). "Les Français savent très bien que la justice peut être instrumentalisée", a-t-elle encore déclaré ce matin sur France Bleu.

En attendant, le rapport de l'Olaf a été transmis à la justice française. Une information judiciaire a d'ailleurs été ouverte pour "abus de confiance", "travail dissimulé", "faux et usage de faux" et "escroquerie en bande organisée". Des charges plutôt lourdes qui, si elles n'entameront pas la confiance des sympathisants FN, pourraient avoir une influence sur le vote des indécis. Cette campagne pour la présidentielle française est décidément complètement folle.

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