Bonne chance Benoît Hamon: c'est lui l'élu pour se prendre la fessée qui attend le PS à l'élection présidentielle française

L'outsider annoncé sera donc le candidat du PS à l'élection présidentielle française. Comme au premier tour de la primaire citoyenne, Benoît Hamon a dominé Manuel Valls, son ancien Premier ministre, dans les urnes. Mais le plus difficile commence pour lui maintenant: histoire d'éviter une déculotté dans les urnes, il devra convaincre un électorat qui semble lui préférer Emmanuel Macron ou Jean-Luc Mélenchon à gauche.

Manuel Valls et Alain Juppé, même combat. Les deux anciens Premiers ministres étaient vus comme les favoris désignés des primaires dans leur camp. Pourtant, c'est depuis leur canapé qu'ils vont suivre la campagne présidentielle jusqu'au premier tour, le 23 avril prochain. Comme François Fillon à droite, Benoît Hamon a su convaincre les électeurs de gauche (et les autres) qui ont voté à la primaire citoyenne: le score (provisoire) est sans appel avec 58,65% des votes contre seulement 41,35% pour Valls.

Après avoir été porte-parole du PS entre 2008 et 2012, puis Ministre de l’Éducation nationale, de l'Enseignement supérieur et de la Recherche (2014-2015), Hamon franchit un palier de plus en devenant le candidat de son parti, en lice pour succéder à François Hollande à la tête de la France à 49 ans. Mais cette fois, la marche semble, pour l'instant, trop haute pour lui. Mais ce n'est pas de sa faute, c'est tout simplement le PS qui va être sanctionné dans les urnes après le mandat en dents de scie de François Hollande.

Légalisation du cannabis

Hamon a pour l'instant tout bien fait dans sa campagne. Comme Fillon, celui qui a commencé sa carrière politique comme assistant parlementaire a d'abord parlé à "son camp" pour remporter la primaire, avec un programme plus à gauche que celui de Valls. Suppression de la Loi Travail (coucou Valls), légalisation du cannabis, autorisation de l'euthanasie, sortie du diesel, interdiction des pesticides: voilà quelques-unes des mesures que ce fils d'un ingénieur et d'une secrétaire espère mettre en place dans une VIe République.

Car oui, pour Hamon, il faut tourner la page de la Ve République, qui existe depuis 1958 en France. Sa mesure la plus discutée reste toutefois l'instauration d'un revenu universel pour les 18-25 ans. Et tant pis si la facture est estimée à... 300 milliards d'euros durant un éventuel quinquennat.

Autant de projets qui ont convaincu. Même le lanceur d'alertes Edward Snowden a retweeté certains messages pro-Hamon lors du troisième débat mercredi soir! Valls, de son côté, n'a pas réussi à se dépêtrer de cette étiquette de "Sarkozy socialiste" qui lui a été collée après son passage comme ministre de l'Intérieur ou comme Premier ministre...

Les sondages font mal

Mais le plus difficile commence maintenant pour Hamon. Réussir à convaincre la majorité d'un peu moins de deux millions de votants (la primaire a été un flop) est une chose. Faire oublier qu'il est dans le même parti que François Hollande, président sous le feu des critiques depuis cinq ans, en est une autre. Il suffit de jeter un coup d’œil sur les récents sondages publiés dans les médias français: c'est une vraie fessée dans les urnes qui attend le PS, et donc Benoît Hamon, en avril prochain.

Dans le dernier sondage Ipsos, Hamon est crédité de seulement 7% d'intention de vote, comme Arnaud Montebourg, qui a fini troisième de la primaire citoyenne. Valls, qui aurait pu convaincre une partie de l'électorat plus à droite, était à 10%.

Bim

Si cela se confirmait, se serait une vraie humiliation pour le PS et son plus faible score à un premier tour d'élection présidentielle de toute son histoire. Il faut remonter à 1906 et la première élection à laquelle un candidat de la Section française de l’Internationale ouvrière (ancêtre du PS) était présenté pour trouver un score si ridicule: il était de 10% à l'époque.

Même si la campagne présidentielle ne fait que commencer, du moins pour Benoît Hamon car certains s'y sont déjà mis il y a plusieurs mois (coucou Marine Le Pen), difficile de l'imaginer faire un énorme bond dans les sondages. Déjà car, comme déjà expliqué plus haut, il représentera le PS, dont le passage à la tête de la République française et les tensions et divisions qui subsistent en son sein ne jouent pas en sa faveur.

Trop de divisions à gauche

Des divisions qui se vérifient facilement: il y aura en tout au moins trois candidats principaux de gauche, pour autant de lignes différentes, sur la ligne de départ de l'élection présidentielle. En plus d'Hamon, Emmanuel Macron, son ancien collègue au sein du gouvernement, et Jean-Luc Mélenchon, qui roule pour l'extrême-gauche, seront de la partie. Et tous les deux sont crédités de plus d'intentions de votes qu'Hamon.

Mélenchon, toujours aussi sympa avec les journalistes, se balade avec un sourire gros comme ça depuis plusieurs mois. Après Podemos en Espagne (même si la fête semble finie) et Syriza en Grèce (qui galère depuis un an), il s'imagine bien porter l'extrême-gauche française à son plus haut niveau depuis longtemps. Les sondages lui donnent raison, avec entre 10 et 15% d'intentions de votes pour celui qui a quitté le PS en 2008 alors qu'il soutenait la stratégie de... Benoit Hamon pour le parti.

La hype Macron va-t-elle continuer?

Macron, ancien Ministre de l'Économie et des Finances, sûr de sa force, a lancé son propre parti (En avant!) et a carrément snobé la primaire citoyenne. Et à lui aussi, les sondages lui donnent raison. Il s'est même offert le loisir de balancer son programme il y a quelques jours seulement, juste avant le 2e tour de la primaire, histoire de bien prouver au PS qu'il s'en contrefout. Après avoir enflammé les foules dans ses meetings, va-t-il confirmer cette hype avec son programme? C'est là la grande question pour celui qui, à 39 ans, ressemble à un néophyte de la politique comparé aux autres candidats: il n'a pris sa première carte de membre du PS qu'en 2006.

Hamon - Macron - Mélenchon, trois principaux candidats à gauche auxquels il faut ajouter aussi Philippe Poutou, Nathalie Arthaud ou encore l'écologiste Yannick Jadot. Autant de candidats qui sont pour l'instant devancés dans les sondages par Marine Le Pen (FN) et François Fillon (LR). Ce dernier est toutefois empêtré dans une sale histoire d'emploi fictif concernant sa femme. Une aubaine pour ses rivaux: Macron pourrait bien en profiter pour grimper dans les sondages et s'imaginer un peu plus au 2e tour de l'élection présidentielle, le 7 mai prochain. Un deuxième tour que Benoît Hamon et le PS ont de fortes chances de suivre devant leur télé, désolé pour eux...

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