La commission d'enquête sur les attentats devient presque excitante: De Wever était chez Jambon et l'opposition est à l'affût

Qu'est-ce que le président de la N-VA Bart De Wever faisait à la réunion de crise post attentats avec les principaux responsables de la police? Il n'avait pourtant pas reçu l'autorisation du ministre de l'Intérieur Jan Jambon (N-VA). Est-ce un acte criminel? C'est en tout cas ce que pense l'opposition. Il y a un truc qui cloche. Jambon doit venir s'expliquer aujourd'hui à la Chambre sur sa présence.

Ça va être une journée passionnante aujourd'hui pour le vice-premier ministre et ministre de l'Intérieur Jan Jambon (N-VA). Le président de la N-VA Bart De Wever et lui se retrouvent pris dans le feu d'une polémique vive. Celle-ci tourne autour de la réunion de crise qui s'est déroulée au cabinet de Jan Jambon le lendemain des attentats de Bruxelles et Zaventem.

L'opposition veut interroger Jambon pour connaître tous les détails de cette réunion. "Quelles informations y ont circulé? Est-ce que Bart De Wever était censé les entendre? Tout cela doit être analysé de fond en comble", a réclamé Stefaan Van Hecke (Groen!) sur les ondes de Radio 1. "Et aussi le Premier ministre Charles Michel (MR) doit en expliquer une autre: c'était une réunion sans lui, seulement avec "l'ombre du Premier ministre". Quelles informations ont été divulguées et pourraient alors avoir commis des crimes?"

Cette dernière question semble cruciale: Jambon et De Wever ont peut-être fait quelque chose de criminel juste après les attaques. Pour le député Ecolo Gilles Vanden Burre: "Politiquement, c’est très grave ce qu’il se passe. On voit que le patron de notre pays, c’est Bart De Wever [...] Nous avons entendu toutes les personnes présentes à cette réunion. Jamais la présence de Bart De Wever n’a été évoquée". Laurette Onkelinx (PS) croit aussi qu'il a commis une faute grave: "Si cela est vrai, on est devant une faute très grave de la part du ministre de l’Intérieur [Jan Jambon], une faute pénale puisqu’il aurait organisé une violation du secret professionnel, du secret de l’instruction". Et elle exige que le parquet de Bruxelles ouvre une enquête.

Mais avant d'aller voir le procureur, la commission d'enquête parlementaire doit d'abord suivre son cours. Après tout, elle a le même pouvoir qu'un juge d'instruction. Cette commission d'enquête parlementaire devient tout de suite plus intéressante: elle n'était jusque-là pas très excitante, surtout sur le plan politique. Mais maintenant, elle l'est: la N-VA pourrait être vachement mise en difficulté.

Le sort de Jan Jambon et Koen Geens

Les quelques heures qui ont suivi les attaques du 22 mars ont été fatidiques pour la rue de la Loi: le sort de Jan Jambon et celui du ministre de la Justice Koen Geens (CD&V) étaient suspendus à un fil. Le président turc Erdogan avait attaqué la Belgique sur l'affaire Ibrahim El Bakraoui. Le 23 mars, le gouvernement belge déclarait, à la suite de cette réunion, qu'il lui avait livré toutes les informations dont il disposait sur le terroriste. Y aurait-il eu des erreurs? Celles-ci pourraient-elles rendre Geens et Jambon "politiquement responsables"?

Bart De Wever était, tout comme le porte-parole de la N-VA Joachim Pohlmann, présent au cabinet de Jambon: la N-VA devait donner son avis sur le fait que Jambon puisse demander ou non sa démission au Premier ministre Charles Michel. Les réunions se sont enchaînées, le tout dans une atmosphère de crise qui a créé un contexte informel. Les gens y entraient et sortaient sans vraiment se poser de questions.

La nuit est tombée. Geens et Jambon examinaient en détail ce qui a mal tourné entre les services d'information belges et turcs dans le dossier El Bakraoui. Jambon est finalement allé voir Charles Michel avec l'intention de démissionner du gouvernement, et Geens a sellé son sort avec le sien. Mais le Premier ministre, en accord avec les présidents de tous les partis dans le gouvernement, a refusé leur démission.

Les discussions de l'enquête parlementaire ont aujourd'hui changé de tournure: la Chambre se concentre désormais sur un seul instant, la réunion au Cabinet Jambon. Paris Match a révélé un moment crucial de cette nuit au gouvernement. Tout le gratin de la police était assis chez Jambon: la Commissaire générale de la police fédérale Catherine De Bolle, le commissaire divisionnaire Peter De Buysscher, le directeur général de la police judiciaire fédérale Claude Fontaine, le commissaire à la tête de la direction centrale de la lutte contre la criminalité grave et organisée Eddy Greif... et aussi Bart De Wever.

Le rôle de Bart De Wever

La question est de savoir si sa présence était acceptable oui ou non: le but de cette réunion n'était pas très clair. Et il n'est pas certain que De Wever ait pu entendre des informations qu'il n'aurait pas dû. Si bien que la N-VA comme le MR fustigent les critiques. De Wever était déjà présent au cabinet, puisque c'était son rôle de dire si Jambon devait démissionner ou pas. En Belgique, ce sont les présidents de parti qui décident qui est invité à ce genre de réunion. Mais pouvait-il vraiment écouter toutes les discussions qui y ont ensuite eu lieu avec les chefs de police?

D'un point de vue légal, De Wever frôle la limite: puisqu'il n'avait naturellement pas de permission spéciale. Et ses partenaires de coalition, le CD&V et l'Open Vld, ne le suivent pas si facilement. Le président du CD&V Wouter Beke a d'ailleurs laissé entendre qu"il n'avait, lui, pas assisté à la rencontre entre Geens et les forces de sécurité".

Le chef de file N-VA Peter De Roover justifie la présence de De Wever selon des "raisons politiques". La rencontre avec les hauts fonctionnaires de police n'avait ni consultation, ni composition ni ordre du jour formels. C'était, pour lui, une réunion hebdomadaire qui a évolué vers une réunion de crise à cause des circonstances. Le MR n'a pas encore réagi mais son porte-parole trouve normal qu'un président de parti soit intervenu dans un débat qui menaçait le poste de son ministre.

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