Christophe Clerjaud, de Resto Last Minute: "Je suis arrivé au modèle qui tourne mais je n'ai rien d'un entrepreneur"

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Christophe Clerjaud a beau dire "je n'ai rien d'un entrepreneur": il a quand même lancé Restolastminute, une app qui permet de réserver un restaurant avec une réduction sur l'addition et que 350.000 personnes utilisent. Et le système, au terme de 18 mois de galère, s'est mis à tourner tout seul et à payer Christophe Clerjaud plutôt correctement, juge-t-il lui-même. 

Restolastminute, c'est cette app ou ce site qui te permet de réserver un resto avec une réduction de 30 à 50% sur la carte. Ça fait l'affaire de qui aime un peu trop aller au resto pour son budget. Cela fait aussi l'affaire des restos qui peuvent avoir du mal à remplir toutes leurs tables un vieux lundi soir.

Restolastminute a démarré en mai 2014, sous l'impulsion de Christophe Clerjaud, un Français installé à Bruxelles avec son épouse. Le système, fait d'une app et d'un site web, compte désormais 1.000 restaurants partenaires, principalement en Belgique francophone et 350.000 utilisateurs. Les restaurants paient un abonnement de 1.000 euros chaque mois pour s'y retrouver. En échange, ils proposent sur la plate-forme de Restolastminute un certain nombre de couverts avec une réduction de 30 à 60% sur l'addition. En 2016, Christophe Clerjaud compte sur 200.000 euros de chiffres d'affaires. Pour 2017, il s'attend à plusieurs centaines de milliers d'euros. "C'est quasi du bénéfice, je n'ai quasi pas de charges". Il le dit lui-même, il a "trouvé le système qui tourne" même si il dit "ne rien avoir d'un entrepreneur".

What's next?

Je veux encore mieux asseoir ma position en Belgique, arriver à 2000 établissements sur les 15.000 horeca que compte la Belgique, hôtels compris. Je veux d'abord être fort sur un marché qui me suffise, je ne cherche pas à grandir à l'international ou à lever des fonds. Je veux pas brûler de l'argent qui est pas à moi. J'ai même racheté des parts. En fait, je veux juste, à un moment, revendre au mieux et avoir de la tune pour nourrir mon gosse.

Qu'est-ce qui t'a fait devenir entrepreneur alors que tu rêvais d'écriture?

Le hasard. Tu m'aurais rencontrée il y a trois ans, je ne t'aurais jamais dit "je veux monter une boîte". Je ne me sens pas à ma place dans une réunion de start-ups, j'y ai jamais trop traîné. J'ai juste une idée comme ça et j'en ai parlé à quelqu'un qui m'a dit "génial, je te suis".

Ce que j'aime, c'est le côté pas routinier de mon job, c'est un point commun avec le métier de journaliste dont je rêvais.

Qu'est-ce qui fait que ton idée ait si bien marché?

Il n'y avait pas d'équivalent en Belgique alors que les restos sont trop chers pour beaucoup de gens. En plus, les Belges sont habitués aux tickets offrant des réductions, on est habitué à faire plein de choses à tarif réduit... On vole avec Ryanair, on utilise Groupon, tout ça. Pourquoi ne pas aller au restaurant aussi à plus petit prix du coup? Bref, je suis arrivé au bon moment au bon endroit. Et mon idée était simple, je l'ai expliqué au dos d'un bout de papier au gars qui a fait notre site. Je me demande encore comment il a pu arriver à faire un site avec ce que je lui ai dit. Et j'avais les moyens de lancer ce projet, au début, avec mes petites économies: j'ai mis des sous dedans, ma soeur m'a aussi donné un coup de pouce. J'ai fait un projet à ma mesure.

Quel est ton plus gros foirage et qu'en as-tu retiré?

Pendant les 18 premiers mois, je ne me suis pas payé et pendant cette période-là, j'ai cumulé les erreurs: j'ai payé trop cher le site, les apps. J'ai été à New-York prospecter le marché, ça m'a pris un peu d'énergie pour rien finalement. Il vaut mieux d'abord bien gérer un marché avant de partir dans tous les sens. J'ai voulu lancer de la pub, idem, inutile au final...

Aussi, si c'était à refaire, j'aurais évité d'avoir cette période sans salaire alors que ma femme était enceinte et qu'on voyait les frais de crèche et cie arriver. La seule erreur que je n'ai pas commise: je me suis bien occupé de la clientèle.

Si tu pouvais changer une chose, une seule, en Belgique, ce serait... ?

Les gens croient qu'une start-up, c'est le ticket vers la fortune. Des jeunes m'appellent, ils croient que je roule en Porsche, ils croient qu'ils ont l'idée du siècle. C'est de la légende urbaine tout ça. Tous ces coachs, ils devraient passer dans les écoles et dire aux jeunes: "faites-vous un peu la main d'abord." Sinon ces gars ils s'enterrent, et ils brûlent pas leur tune mais aussi l'argent de famille.

Quel conseil donnerais-tu à quelqu'un qui veut se lancer?

Il y a beaucoup de gens qui gravitent autour de toi quand tu veux te lancer, qui veulent te donner tes conseils, tout ça. En fait, il ne faut pas leur donner trop d'espace: il faut que tu suives ton libre-arbitre et que tu aies foi dans ton produit.