La Belgique va-t-elle tuer la taxe Tobin? Ça, c'est encore un problème entre Van Overtveldt et le CD&V

La taxe Tobin, cette taxe sur les transactions financières, et plus précisément sur la spéculation, est de retour sur la table du gouvernement. La Belgique est l'un des dix pays d'Europe qui souhaite introduire cette taxe. Du moins, sur le papier. Car, en réalité, le gouvernement précédent s'est lancé dedans mais l'actuel doit se battre avec: le ministre des Finances Johan Van Overtveldt (N-VA) est contre, le CD&V est pour.

La taxe Tobin est un dossier très symbolique. Pour beaucoup, cette taxe sur les transactions est la clé pour une société plus juste: les riches (en l’occurrence, le secteur financier) devrait être plus taxés. Mais le gouvernement belge, avec son ministre des finances Johan Van Overtveldt (N-VA), pourrait bien être l'assassin de cette taxe en Europe.

L'idée de cette taxe est simple, mais sa mise en pratique ne l'est pas: il s'agit de taxer les produits financiers, surtout les produits spéculatifs, et sortir des milliards du secteur financier pour couvrir les frais de l'État-providence. Et ainsi mettre fin à la spéculation.

Plus tôt dans l'année, onze personnalités européennes se sont engagées à introduire cette taxe. Le commissaire européen socialiste pour les affaires économiques et monétaires, Pierre Moscovici, était extatique et a fièrement annoncé que la taxe était pour bientôt.Les actions et les obligations seraient taxé à 0,1%. Et les produits dérivés devraient l'être à 0,01%.

L'héritage de Di Rupo

Sous le gouvernement d'Elio Di Rupo (PS), la Belgique était une fervente partisane de l'idée d'appliquer cette taxe en Europe. Mais l'actuel ministre des Finances Johan Van Overtveldt et son parti la N-VA ont toujours été contre. Encore plus avec le Brexit. Maintenant que la City de Londres n'est plus le coeur financier de l'Europe, et qu'il faut trouver des alternatives à la Grande-Bretagne, la Belgique est occupée à mettre en place une taxe que les institutions financières détestent. Ce qui diminue fortement les chances que les banques et les compagnies d'assurances internationales déplacent leurs activités en Belgique.

La Belgique joue un rôle important: la taxe doit être soutenue par neuf pays. Sur les onze pays du début, l'Estonie est déjà partie, l'Italie doute et la Slovénie s'inquiète. Si la Belgique quitte aussi l'aventure, cela pourrait être la fin de la taxe Tobin. Les experts travaillent sur un compromis au niveau européen. Cette semaine, le dossier va atterrir sur la table du gouvernement. Parce que le 5 décembre, ce sont les dix ministres européens des Finances qui vont se retrouver et débattre de cette question épineuse.

Les lobbys sont totalement contre

Du côté de l'industrie, on met la pression. Les grandes entreprises belges (FEB) et Febelfin, le lobby du secteur financier, communiquent à fond sur les "effets dévastateurs"et les préjudices potentiels que ça causerait à l'économie belge. Ils ne veulent vraiment pas de la taxe Tobin. Les Pays-Bas et le Luxembourg non plus. Du coup, si un pays devait tirer un bénéfice du Brexit, ce ne serait certainement pas la Belgique.

Sur ce dossier, la N-VA et le CD&V sont diamétralement opposés. En juin, le chef de file du CD&V au parlement Roel Deseyn a invectivé le ministre de son propre gouvernement. Il a accusé Van Overtveldt d'être à la solde des grandes entreprises. Depuis, c'est devenu un cas que tout le monde suit avec une grande attention. Même si, au final, c'est au Premier ministre Charles Michel (MR) de gérer ce dossier difficile. Ce ne serait pas la première fois de son mandat.

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