La politique de l'Union européenne est-elle à l'origine du nombre record de morts en méditerranée?

Ça y est: avec 3.800 morts et disparus officiellement comptabilisés, on vient de dépasser le triste record du nombre de migrants ayant échoué en mer Méditerranée en 2015. Il reste pourtant deux mois pour cette année 2016 et le nombre de migrants qui ont tenté la traversée a dimuné par rapport à l'année précédente. Comment peut-on expliquer un tel taux de mortalité alors?

Le Haut Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés (UNHCR) a annoncé la terrible nouvelle hier: le nombre de migrants décédés ou disparus en mer Méditerranée a atteint un chiffre record. Il vient supplanter le bilan de 2015 qui était déjà lourd avec 3.771 victimes. En 2016, on a atteint 3.800 décès ou disparus alors qu'on n'est pas encore au mois de novembre.

"On n'a jamais rien vu de tel" a déclaré le porte-parole de l'UNHCR William Splinder au magazine Time. La probabilité de mourir par la route centrale qui mène les migrants de l'Afrique du Nord à l'Italie est la plus importante. Or, la moitié des passages passent désormais par cette route qui s'étend sur une énorme distance, avec une météo souvent capricieuse et dont les courants marins sont très forts. En fait, il est presque impossible pour un bateau surchargé d'effectuer cette traversée. Et L'accord entre la Turquie et l'UE, qui prévoyait la fermeture de la route des Balkans, a sans doute poussé certains migrants à prendre plus de risques et à démarrer le périple depuis cette route.

La Libye a longtemps servi de tremplin pour les migrants afin de rejoindre l'Europe. Le renversement du dictateur libyen Mouammar Kadhafi a fait fleurir un business qu'on évalue à 5 milliards de dollars par année au profit des contrebandiers. Et les nombreux conflits en Somalie, en Ethiopie et au Nigéria ont contribué à gonfler ce chiffre.

Changement de modèle économique

Le souci, c'est que les passeurs semblent avoir adopté une autre technique pour faire traverser les migrants. Ils ont été contraints de modifier leur modèle économique en passant des "embarcations de masse" à des modèles plus réduits pour "limiter le risque de détection".

Cela pourrait être une réponse au lancement par l'Union européenne de l'Opération Sophia en 2015. Selon The Economist, cette opération militaire visait à réduire les passages en détruisant les navires de contrebande à proximité des côtes libyennes. Leurs bateaux en bois détruits, les passeurs ont dû d'envoyer les migrants sur des bateaux pneumatiques de mauvaise qualité.

"Des bateaux conçus pour couler"

Mais la raison d'un tel taux de mortalité en mer Méditerranée pourrait être encore plus cynique. Les passeurs savent que les navires européens vont en général porter secours aux bateaux en détresse. D'après Federico Soda, le directeur l'Organisation internationale pour la Migration (OIM), les contrebandiers "mettent en place des bateaux conçus pour couler". Il tient donc à souligner le travail des sauveteurs européens en Méditerranée car sans eux, les migrants y "passeraient tous", a-t-il déclaré au Time.

Les services de secours sont débordés face au déluge de migrants qui tentent leur chance en Méditerranée. Plus tôt en octobre, la Marine italienne a secouru 6.000 migrants en une seule journée. Et ce lundi, elle a sauvé 2.200 migrants dans 21 opérations de sauvetage différentes. "Ce taux de mortalité élevé en 2016 est donc aussi un rappel de l'importance de poursuivre ces sauvetages. Car sans eux, ce chiffre serait encore bien plus inquiétant", conclut Splinder.

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